Lundi 19 octobre 2009
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Or donc, jeunes damoiseaux et damoiselles, il fut un temps que les moins de
20 ans ne peuvent pas connaître où des hommes - pas forcément ceux que j'aurais voulus, hélas - déployaient des trésors d'imagination pour m'alpaguer dans leurs filets.
Un jour que je rentrais de mon travail dans mon 2,5 pièces vides + cuisine et salle de bain, j'ai découvert dans ma boîte aux lettres une enveloppe où s'étalait la phrase que
voici, griffonnée à la main :
"A la belle princesse qui habite ces lieux"
Mes premières impressions :
1. Décidément, Oli se
donne dans ses blagues.
2. Bizarre, je ne reconnais pas l'écriture.
3. Belle princesse, mouarf ! Let me laugh.
J'ouvre la lettre, persuadée d'avoir affaire à une nouvelle plaisanterie et je lis :
Belle Princesse,
Je passais en voiture devant le ... lorsque je vous ai vue traverser la route. Je ne sais pas ce qui m'a pris, mais j'ai soudain eu envie de m'arrêter pour faire plus ample connaissance avec
vous. Il faut dire que votre charme asiatique me plaît beaucoup. Comme je ne souhaitais pas vous faire peur et que je ne voulais pas me faire passer pour un simple dragueur, je vous ai suivie
dans la rue et me suis permis de vous adresser cette lettre, en espérant avoir rapidement de vos nouvelles.
Votre bien dévoué, Jean-Claude*
Ma réaction à froid :
1. Moi non plus, je ne sais pas trop ce qui lui a pris.
2. Un homme passe en voiture, voit une fille traverser la route, tombe amoureux sur le champ et c'est normal ! On est en pleine guimauve avec Meg Ryan et Tom Hanks ou quoi ?
3. "Votre charme asiatique me plaît beaucoup" : très mauvais point, je déteste que l'on me rappelle mon origine. C'est relou.
4. Il ne veut pas me faire peur et me file dans la rue jusqu'à mon domicile et je ne devrais pas avoir peur ??? Aaaaaaahhhhh !!!
5. "Votre bien dévoué". Mais oui, c'est ça et tu bois ton cup of tea en levant l'auriculaire, Darling ?
Conclusion : Oli a fait très très fort.
Je rigole en mon for intérieur et déchante aussitôt lorsque j'arrive devant ma porte : sur le palier, repose un bouquet de roses rouges avec une carte de visite portant le nom et
les coordonnées de Jean-Claude*.
(c) photo : Internet. Si un inconnu vous
offre des fleurs, ce n'est pas toujours à cause de la magie d'Impulse.
"Oli s'est surpassé, cette fois", me dis-je en composant le numéro de téléphone.
Jean-Claude* : Allô ?
Moi : Bonjour (tiens, ce n'est pas la voix d'Oli ?), hum, vous êtes bien M. Jean-Claude Untel* ?
Jean-Claude* : Oui, moi-même.
Moi (super empruntée car je ne m'attendais pas du tout à ça) : Hum... J'ai bien reçu votre lettre et le bouquet de roses, mais... hum...
dites-moi, ça vous arrive souvent de faire ça aux gens, hein, dites ?
Jean-Claude* : Oui, cela m'est arrivé quelques fois. Lorsque la fille me plaît.
Moi (damned, c'est un multi-récidiviste) : Hum... et je peux savoir ce qui vous a pris ? (mais t'es stupide ou quoi, Koyangi, il t'a écrit
qu'il ne savait pas !)
Jean-Claude* : Je vous ai tout expliqué dans la lettre. Seriez-vous d'accord que l'on se rencontre ?
Moi (gourdasse et curieuse, mais surtout gourdasse. Bah oui, on ne sait jamais, si c'était MON Prince Charmant, hein ?) : Hum... Oui,
pourquoi pas.
Rendez-vous est pris au centre-ville à 18h30 dans un café. Une amie à qui je m'ouvre de ce nouvel épisode de Koyangi-Gourdasse, s'inquiète pour moi, relève l'adresse et le no de
téléphone de Jean-Claude* et me fais promettre de l'appeler dès que j'en aurais terminé avec lui, sinon elle alertera la police, Interpol, le FBI, la CTU et Jack Bauer. Je pars donc
rassurée.
Dans le café, Jean-Claude*, vêtu d'un costard-cravate me fait une relative bonne impression malgré son visage chevalin à l'expression aussi molle qu'une huître sursautant au contact
de l'acidité du jus de citron. J'apprends rapidement qu'il travaille dans une banque (bon point. A l'époque, je pensais bêtement que travailler dans une banque signifiait être riche...)
mais cela se gâte lorsqu'il me confie que son loisir principal est de "jouer du trombone à coulisse dans une fanfare" et que je n'ai rien à
craindre de lui car son "père était policier" (courage, fuyons et viiiiite !).
Je prétexte un rendez-vous urgent avec... ma mère (sic) pour me sauver en quatrième vitesse et appelle mon amie pour un débriefing complet, comme seules les filles savent le faire :
taille, poids, pedigree, hauteur du pantalon, couleur des chaussettes, cash ou carte de crédit, marque de la montre, pochette assortie à la cravate ou non, etc.
Quelques jours plus tard, je reçois à nouveau une lettre postée par Jean-Claude* lui-même (brrrr, il est revenu devant chez moi !) qui me demande s'il a une chance de revoir, je cite,
la "belle princesse de ses rêves". Je lui envoie la réponse suivante, dûment cachetée, timbre de la poste faisant foi :
Monsieur,
Votre lettre m'est bien parvenue et je vous en remercie. Je vous serais reconnaissante de bien vouloir me laisser tranquille à l'avenir et de ne plus chercher à me joindre de quelque manière que
ce soit.
En vous remerciant de votre attention, veuillez agréer, Monsieur, l'expression de mes sentiments distingués.
Point final.
*Prénom connu de la rédaction.
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